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Origine du geste

  • morganbisoux
  • il y a 6 jours
  • 2 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 6 jours




La photographie n’a rien d’héroïque.

Je ne peins pas. Je lave mes pinceaux.


Tablier constellé de peinture, mains plongées dans l’évier de l’Académie des Beaux-Arts, je regarde l’objectif avec un sourire presque espiègle. Derrière moi, l’odeur de térébenthine. Une odeur qui, des années plus tard, deviendrait familière au point de se confondre avec l’idée même d’atelier.


Je ne me souviens pas d’avoir “décidé” de devenir artiste.

Je me souviens d’un espace.


L’Académie était un lieu à part. Un territoire dédié à la recherche plastique, à une liberté que je ne trouvais pas ailleurs. Là, la sensibilité n’était pas une distraction : elle avait droit de cité. Peindre n’était pas un jeu. C’était une manière d’exister autrement.


Très tôt, je me suis tournée vers la matière.

Peau, drapés, surfaces. Je ne cherchais pas seulement à représenter : je voulais ancrer. Créer me permettait de m’inscrire dans une matérialité précise. Toucher avec les yeux. Éprouver la densité du monde à travers la surface peinte.


Déjà, il y avait cette ambiguïté qui traverse encore mon travail : la douceur d’un tissu capable de devenir linceul. La caresse et la disparition. La présence et l’effacement.


La solitude n’était pas un retrait.

C’était ma manière d’entrer dans le monde.

Créer ouvrait un espace intérieur où l’enfant qui s’envole rencontrait celui qui cherche à s’intégrer, à se relier. Peindre devenait une forme de recueillement — un geste presque rituel — un lieu de soi à soi.


Ce qui n’a pas changé, c’est la volonté et la joie de créer.

Ce qui a changé, c’est la maîtrise, la conscience, la rigueur.


Aujourd’hui encore, je reviens à ce point d’origine : un atelier, une matière, un geste répété.

Laver les pinceaux, recommencer.

 
 
 

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